Comprendre le très jeune enfant

1 février 2016
Ce matin, mon fils de tout juste deux ans me fait descendre auprès des deux poêles de l’entrée, poêles qui chauffent l’étage où nous habitons. Ce que nous faisons lorsque nous sommes près des poêles, c’est d’y mettre du bois. Donc, j’en met un seul morceau et referme la porte. Il insiste en me montrant celui de gauche. Je m’exécute à nouveau. Il pointe encore le doigt, je met un troisième rondin et réalise que ce n’est pas cela qu’il veut. Ce qu’il veut, c’est que je grimpe la cocotte minute pleine d’eau chaude posée sur ce poêle, cela pour qu’il prenne un bain. Ce que veut monsieur, c’est prendre un bain.
Je réalise donc qu’avant de me demander de descendre, nous étions tous les deux dans la salle de bain et que voir la baignoire lui a donné l’envie de prendre un bain. Il a donc de la suite dans les idées le petit.
Et donc, il va l’avoir son bain (note : l’eau ainsi chauffée sur un poêle permet d’éviter d’avoir une atmosphère trop sèche et économise de l’électricité).
Je pense que pour lui, avoir été ainsi compris est extrêmement gratifiant. Cela ne lui met pas le cerveau en bouillie, cela ne laisse pas face à un sentiment d’impuissance.
Si cet enfant ne jure que par son père, ce n’est pas sans raison. C’est tout simplement que je suis attentif à ses demandes et que je lui permet d’y accéder. Il a pris l’habitude de marcher devant moi et de se retourner en marchant pour voir si je le suis. Une de ses mains est mise en arrière et s’ouvre et se ferme à mon intention, cela pour me dire « vient, vient ». Maintenant, comme il peut effectivement ajouter la parole au geste, il me dit aussi ces mots.
Ce matin très tôt, il était debout dans son petit lit. La requête là était de venir dans notre lit. Quand je m’en suis rendu compte, je l’y ai mis et il a aussitôt été s’allonger sur sa mère pour poursuivre sa nuit. Ensuite – 6 h 30 autrefois, maintenant c’est à une heure plus raisonnable, c’est à dire plus tardive -, de venir me susciter pour que je me lève, mette mes lunettes qu’éventuellement il va me donner, mette mes pantoufles qu’il me présente pour que je me lève, le prenne et l’installe dans le petit salon devant des vidéos youtube. Ensuite devoir aller dans la cuisine pour prendre un Sojasun (les usines de production sont dans les communes voisines) et le manger dans le petit salon. Monsieur a ses habitudes.
Est-ce bien, est-ce mal ? C’est lui qui drive, qui dirige, ce n’est pas moi. On peut avoir peur d’en faire un petit monstre… Mais Alice Miller explique que le risque, c’est quand c’est plutôt le contraire, quand l’enfant est brimé, pas entendu.
Moi je pense que c’est bien, que cela permet un bon développement de son cerveau, que cela ne le met pas dès le départ en marmelade.
La peur de l’adulte face à l’enfant est que ce dernier prenne l’ascendant, qu’il n’en soit plus le maître. Une petite différence de taille me concernant : c’est que je m’en fou un peu… J’ai presque 59 ans et donc… de ne pas le subir toute une vie au cas où cette méthode tournerait mal, qu’il prendrait effectivement un mauvais ascendant sur moi. Mais il me semble que le mauvais ascendant qu’on risque est tout simplement le mauvais ascendant qu’on lui aurait fait subir, le retour du fléau.
Quand on vit dans un monde de règle et quand on vit pour ces mêmes règles, il y a peu de chance qu’on perçoive les désirs de l’enfant, qu’on les encourage, qu’on leur donne corps, ce qui ne peut que donner assurance à l’enfant. C’est avant tout la règle et le règlement qui prévaut, ce qu’a subit ma fille de presque quatre ans et qui a été plus d’un an à l’école (en très petite section au sein d’une petite section, puis en petite section). Comme elle tombait de plus en plus souvent malade, j’ai fini par la garder à la maison. Elle avait à cette école un comportement d’un enfant complètement inhibé, s’était mise à bégayer, marchant comme une petite fille bien sage lorsque je venais la récupérer. Rien à voir avec son comportement à la maison. Je pense que notre décision de ne pas la remettre à l’école a été salvatrice pour elle. Par ailleurs l’école fonctionne comme une famille monoparentale. L’autorité est détenue par le maître ou la maîtresse et il n’y a pas d’alternative. A la maison, c’est différent : si papa se fâche, on va se réfugier chez maman ; si maman veut punir, on va se réfugier chez papa. On peut se sauver (au deux sens du terme). Dans une famille monoparentale comme à l’école, on ne peut qu’être damné, on ne peut qu’être fait comme un rat, ce qui ne peut-être que désastreux pour le cerveau de l’enfant. Ce dernier se retrouve alors enfermé dans un monde qui ne le comprend absolument pas, monde qui l’écarte, qui le met à part. Moi j’ai été si bien mis à part, que j’ai été mis à part la société toute une vie, comme si à l’image de la légende de l’enfant à la cervelle d’or  (par ici le pdf), mes parents voulaient me garder exclusivement pour eux (dans ce qui est devenu leur inconscient, je participe à la reproduction de l’histoire sainte, étant le santon Joseph le charpentier). Qu’ensuite un désir de reconnaissance est cultivé, c’est tout à faire naturel. On peut alors faire dans l’excellence, cela dans l’espoir de la reconnaissance de notre propre existence, de nos propres désirs, ce qui n’arrive alors quasi jamais. Je me suis pour ma part intéressé à des chercheurs indépendants ayant fait dans l’excellence anti-conformiste. C’est inconnu qu’ils sont morts. Il aurait fallu qu’ils s’interrogent sur leur prime enfance pour se rendre compte que la source de leurs efforts et la non reconnaissance de ceux-ci se trouvait dans celle-ci.
En prenant soin de mes enfants, en étant attentif à leur besoin plutôt qu’à mes règlements éventuels, j’espère ne pas reproduire le conditionnement dont j’ai été l’objet. Peut-être que ce faisant, je me soigne même un peu moi-même de cet handicap hérité de ma propre enfance.

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